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TrueStory : La dyslexie ne tue pas les rêves…
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Pour cette série d’articles, j’invite des personnes qui ont su triompher sur les difficultés de la vie, pour réussir, s’en sortir, accomplir leurs rêves. Des personnes ordinaires qui, malgré les difficultés ont décidé de persévérer et de s’accrocher. Lycéens, étudiants, adultes, parents, profs… que ces histoires vraies puissent vous encourager à vous battre.

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Je m’appelle Eva, j’ai 26 ans, d’origine française. Je suis interne en pédiatrie.

Ma dyslexie a été diagnostiquée au CP. J’ai eu beaucoup de difficultés à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. À l’école, certains profs ont été compréhensifs, d’autres non.

Par exemple, je me souviens de mon prof de français de 6e. Il s’était moqué de moi, parce que j’avais eu encore zéro à une dictée que ma mère m’avait pourtant déjà fait faire la semaine précédente à la maison… En 3ème, je me rappelle avoir eu 4 points en moins à un devoir de techno que j’avais pourtant bien réussi, à cause des fautes d’orthographe.

À la maison, c’était très difficile au départ… C’était difficile pour ma mère d’accepter que j’avais des difficultés. Elle pensait parfois que je le faisais exprès et me réprimandait.  Les moments de devoirs le soir étaient interminables et je finissais souvent en pleurs. Je redoutais ces moments. J’ai fait 7 ans d’orthophonie, des centaines de dictées et exos de grammaire…

Je trouvais tout cela injuste. J’ai déjà eu cette pensée, « je n’y arriverai jamais ». J’ai parfois eu honte. Parfois, je ne me sentais pas capable. Pendant longtemps je n’ai pas fait de chèques bancaires par crainte de faire des fautes en écrivant les nombres en toutes lettres. Mais étrangement au fond de moi, je croyais que je m’en sortirais et, même si ces difficultés ont surement contribué à nourrir des complexes d’infériorité, j’ai eu envie de me battre.

Le changement s’est fait progressivement. Un orthophoniste très compréhensif a su expliquer à ma maman ce qu’était la dyslexie, que ce n’était pas un défaut d’intelligence mais une façon différente de réfléchir. À partir de ce moment-là, ma mère à changé d’attitude elle m’a demandé pardon du manque de compréhension qu’elle avait eu et est devenu davantage une alliée.

On a fait la fête le jour ou je suis revenu à la maison avec un 3/20 en dictée, au lieu du zéro habituel… Une atmosphère positive commençait à naître ! Jusqu’en première je n’arrivais pas à terminer mes contrôles en classe. Mes réponses étaient souvent justes, mais je ne les terminais jamais. En terminale je les terminais tous.

En parallèle, malgré ces difficultés, j’ai su très tôt que je travaillerai avec des enfants. En 5e, j’avais décidé que je serais pédiatre. J’étais persuadée que si c’était ma place, j’y arriverais. La longueur des études ou leur difficulté ne me faisait pas peur. Une certaine naïveté ou confiance m’a gardé. Il a fallu beaucoup de travail. J’ai certainement passé plus de temps à mes devoirs que la plupart des autres enfants. L’atmosphère positive et la confiance de mes parents m’ont surement aidé. Mon père est quelqu’un qui met beaucoup d’importance dans la performance. Cela peut aussi être un défaut mais ça m’a poussé en dehors de mes limites.

Par ailleurs, le gros défi a été le concours de première année de médecine. C’était aussi une épreuve de foi ! Par contre, la plupart des épreuves étaient composées de QCM ce qui était avantageux pour moi, il n’y avait qu’une seule épreuve rédactionnelle. Je savais que cette épreuve serait un enjeu pour moi, qu’il y avait des points pour la présentation et l’orthographe. Finalement quelques semaines avant le concours, le professeur qui allait corriger cette épreuve, a dit en amphi qu’il considérait qu’on pouvait être un bon médecin en faisant des fautes et qu’il n’enlèverait pas de points pour l’orthographe… Je savais qu’il corrigeait toutes les copies, et donc aussi ma copie… Ça peut paraître fou mais j’avais la conviction que c’était ma place et que j’aurais le concours, et je l’ai eu du premier coup !

Aujourd’hui, je peux dire que surmonter ces épreuves m’ont rendu davantage persévérante et déterminée. Je sais que je suis toujours dyslexique, je fais encore des fautes si je ne me relis pas. J’ai développé des mécanismes de compensation. Je sais que je dois refaire un tour rapide en début d’après-midi pour vérifier mes prescriptions… Je me relis plusieurs fois en me posant la question des accords. Des fois, je doute encore de moi. Je me trompe plus souvent que les autres… Mais je sais que je suis à ma place et je crois que j’arriverai à devenir aussi compétente que les autres. Parfois ce qui est aussi difficile, c’est que je ne me donne pas toujours le droit à l’erreur. Je vis encore souvent mal le fait de me tromper. Je travaille sur ça. Un jour, un de mes chefs m’a reproché sévèrement de faire beaucoup de fautes « d’inattention ». Ça a été très dur de l’entendre.  Mais c’est suite à cet entretien que j’ai décidé de revoir mes prescriptions en fin de visite.

Je suis fière de mon parcours. Je me souviens des remarques mordantes de certains chefs face à mes fautes d’orthographe et autres erreurs… Mais je me souviens surtout de ceux qui m’ont défendu, encouragé et qui ont cru en moi…

Ne vous découragez pas ! Si on n’a pas « les capacités de » on a « la volonté de ». Ne laissez personne toucher à vos rêves. 

Eva

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About author

Lydia Levant-Bol

Psy du Travail et Docteure en Psychologie Sociale, j'aide les gens à trouver ce pour quoi ils sont faits, et comment le faire, aussi bien de façon individuelle (identité professionnelle, développement du potentiel,…) que collective (entreprise, association,…).

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